Les médias indépendants Japonais et les élections législatives

 

Voici un texte qui me frappe après l’annonce des résultats de l’élection législative au Japon. Je vous propose de le lire avec prudence. IWJ est un média en streaming qui a beaucoup évolué en 5 ans, mais qu’on peut considérer comme une innovation journalistique proprement japonaise. Un mail spécial a été adressé à tous les abonnés de IWJ, comme un cri de détresse. Le vocabulaire employé est frappant, empruntant les références les plus courantes du vocabulaire politique. Espérons que la prophétie ne se réalisera pas.

Voici une émission radio à laquelle j’ai contribué aujourd’hui pour parler de cette élection.

 

 

Merci de votre soutien à IWJ,
Je, Yasumi Iwakami, vous adresse en tant que rédacteur en chef, un mail collectif et général.

Demain arrive enfin le jour des élections législatives. Ces élections se déroulent dans une situation d’un chaos sans précédent. Mr Maehara, chef du parti du progrès démocratique a décidé soudainement de dissoudre son parti, et de rejoindre le parti d’ambition national fraîchement lancé par Yuriko Koike, ce qui a totalement brouillé les perspectives.

Si cette entreprise avait réussi dans son intention première, et que tous les anciens élus du parti du progrès démocratique avaient tous obéi et marché sur l’icône pour rejoindre le camp des révisionnistes et des partisans de la politique de sécurité avec le Parti de l’Espoir, seuls le Parti Communiste et le Parti Social Démocrate auraient été exclus de cette grande union nationale. J’ai des sueurs froides à cette idée.

Comme vous le savez, ceux qui n’ont pas écrasé le visage de la vierge, et ont retiré le pied avant de commettre l’acte infâme ont rejoint Yukio Edano pour créer le nouveau Parti Démocrate Constitutionnel et présenter 78 candidats, permettant un combat commun (ou une coordination) avec le Parti Communiste et du Parti Social Démocratique. Nous avons relayé de toutes nos forces ce contexte, ainsi que les faits et gestes des candidats clés des différents districts. A travers cette élection, une sanction va être donnée à la politique menée par l’administration Abe depuis 5 ans, et en même temps la réforme constitutionnelle sera le coeur du débat.

Cette fois-ci, le PLD a ajouté dans ses promesses électorales la mention de la « réponse à l’urgence ». Il est écrit « réponse », mais il s’agit d’inscrire un « état d’urgence ». En surface, il s’agit de se maquiller d’une prévenance pour les catastrophes naturelles et le terrorisme, mais il va sans dire qu’il s’agit d’une combinaison qui comprend à la fois les décrets d’urgence et les actes d’habilitation qui ont permis la dictature nazie d’Hitler, les objectifs de l’administration Abe sont donc clairs.

Une fois premier ministre, Hitler a profité d’un incendie du parlement dont on dit aujourd’hui que les Nazi ont eux-mêmes provoqué, ont prétendu qu’il avait été le fait des communistes, faisant appliquer un décret d’urgence par le président Hindenburg, afin de réprimer dans les grandes largeurs entre autres communistes et socialistes qui étaient opposés à lui. Un mois après, grâce aux actes d’habilitation, la dictature Nazie était complète.

L’état d’urgence sur lequel avance le PLD contient à la fois les décrets d’urgence et les habilitations, et comporte le risque colossal d’accorder des pouvoirs dictatoriaux au Premier Ministre. Selon le résultat des élections demain, si les révisionnistes obtiennent plus de deux tiers des sièges à l’assemblée, le débat de la révision constitutionnelle sera lancé, et les articles sur l’état d’urgence seront inscrits dans la Constitution après un référendum populaire. Si ceux-ci venaient à être appliqués, la constitution démocratique actuelle sera arrêtée, le parlement perdra son pouvoir législatif, et un pouvoir dictatorial prendra forme. C’est un coup d’état légal. Il est même possible que cette élection soit la dernière à être accordée sous un régime démocratique pour notre Histoire. Voici le poids de votre vote, demain, à quel point il est important.

IWJ s’oppose fermement à cette révision dangereuse, et s’est acharnée à mettre en avant tous les candidats portant une voix contre celle-ci, afin que les citoyens leur portent leur voix, nous avons fait fi des exigences budgétaires, pour détacher des journalistes et des caméraman.

Nous ne savons pas l’issue de ce vote, mais les médias mainstream planchent déjà sur 300 sièges pour les seuls PLD et Kômeitô. En y ajoutant le Parti de la Restauration, et le Parti de l’Espoir en dépit des divisions qui seront évidentes par la suite, le nombre de 310 sièges nécessaires au lancement du débat sur la révision sera facilement dépassé.

Malgré tout, certains nous diront que le référendum permettra de s’y opposer efficacement, mais ça n’est pas si simple. Pour le référendum, la loi publique sur le vote ne s’applique pas, et si vous avez les moyens financiers, il vous suffit de dépenser la somme que vous souhaitez pour faire votre publicité. En cas de lutte de communication, imaginez la position de faiblesse des partis opposés à la révision. Beaucoup de médias choisiront leur camp pour faire plaisir aux sponsor. Comme nous ne dépendons pas des sponsors, et que nous sommes indépendants, il n’y a aucune chance que nous abjurions, mais nos seules forces sont insuffisantes.

Nous avions anticipé la situation, et en conséquent, réalisé l’interview de Ryû Honma, aussi auteur d’un livre intitulé « La manipulation des médias et le référendum de la révision constitutionnelle ». N’hésitez pas à consulter nos archives.

Texte original complet en date du 21 oct

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